
L’avenir du droit passe par la Legaltech : de quoi s’agit-il et pourquoi est-ce essentiel ?
Les qualités traditionnellement associées à un bon avocat incluent la mémoire, la capacité d’analyse, la rigueur et l’organisation. Pourtant, bien que le droit évolue lentement sur le plan réglementaire, il n’échappe pas aux bouleversements technologiques. Dans ce contexte, il devient crucial de réfléchir à ce que l’on appelle la Legaltech — un phénomène qui révolutionne non seulement le fonctionnement quotidien des cabinets, mais qui impose aussi une transformation profonde des modèles académiques et pédagogiques. Les universités doivent désormais préparer des juristes capables de répondre aux exigences d’un monde professionnel en mutation.
Qu’est-ce que le Legaltech et comment transforme-t-il le droit ?
Selon des auteurs comme Richard Susskind, la Legaltech désigne l’intégration de technologies destinées à optimiser l’exercice du droit sous toutes ses formes : de l’automatisation des documents juridiques à l’analyse prédictive des risques (Susskind, 2019).
Autrement dit, les qualités classiques que l’on attendait d’un avocat — mémoire, capacités de recherche, sens de l’organisation — deviennent moins déterminantes ou évoluent profondément. Les tâches manuelles traditionnellement liées à la rédaction de contrats, à la gestion de dossiers ou à la recherche juridique sont désormais assurées par des logiciels ou des plateformes spécialisées. Nous assistons ainsi à une transformation radicale vers une pratique du droit plus fluide, plus rapide… et inévitablement plus technologique.
Différences entre Legaltech et digitalisation traditionnelle du droit
Contrairement à la simple numérisation du droit — souvent limitée et semée d’embûches, notamment en raison de la complexité du vocabulaire juridique (dans les actes notariés, les hypothèques, etc.), où des mots comme extinction prennent un sens très technique —, la Legaltech va bien plus loin. Elle repose sur l’usage d’outils numériques avancés pour repenser et gérer les services juridiques dans leur globalité.
Il ne s’agit donc pas uniquement de solutions conçues pour les avocats. La Legaltech inclut aussi des plateformes accessibles aux entreprises comme aux particuliers, qui permettent de bénéficier de services juridiques sans intermédiaire traditionnel. Cela bouleverse le modèle économique classique des cabinets, en mettant l’accent sur l’efficacité et l’expérience client.
Deux domaines, en particulier, sont repensés par la Legaltech : la fluidité des processus et la relation avec les clients — des aspects longtemps négligés par les acteurs traditionnels. Il faut dire que le droit repose sur des situations très individualisées, souvent incompatibles avec la standardisation, et qu’il utilise un langage technique peu accessible. Le secteur juridique a donc été l’un des plus réticents à l’automatisation. Et pourtant, comme le dit l’adage, la réalité dépasse parfois la fiction — et le droit ne fait pas exception.
Applications du Legaltech dans la pratique professionnelle
Blockchain appliquée à l’analyse juridique
Prenons l’exemple des smart contracts, ces contrats dits intelligents basés sur la technologie blockchain. Pour qu’un contrat soit juridiquement valide, trois éléments sont indispensables : le consentement, l’objet et la cause (article 1261 du Code civil).
La blockchain est un registre numérique décentralisé permettant de stocker et de partager des données sous forme de blocs liés entre eux. Chaque nouveau bloc s’ajoute au précédent, créant ainsi une chaîne sécurisée et infalsifiable : une fois enregistrée, une donnée ne peut être modifiée sans altérer l’ensemble des blocs précédents — ce qui est rendu pratiquement impossible par le chiffrement.
Dès lors, des questions fondamentales émergent : comment garantir la validité du consentement d’une personne dans ce cadre ? L’accès à ces contrats doit-il être réservé à ceux qui comprennent la logique de codage blockchain ? Si ces outils offrent une plus grande sécurité juridique, et s’ils peuvent à terme remplacer des registres publics comme le cadastre, ne devraient-ils pas être accessibles à tous ? Et, même sans comprendre leur fonctionnement technique, notre consentement est-il moins valable si nous en comprenons la finalité?
Plateformes de résolution des litiges en ligne (ODR)
Un autre exemple marquant de Legaltech concerne les plateformes ODR — Online Dispute Resolution — ou plateformes de résolution des litiges en ligne.
En 2021, un tribunal mexicain a reconnu l’exécution d’une sentence arbitrale fondée sur une décision émanant d’une plateforme décentralisée de résolution en ligne, opérant grâce à la blockchain.
Dans cette affaire, les deux parties avaient désigné un arbitre unique et convenu que l’intégralité de la procédure se déroulerait en ligne. Après avoir reçu les arguments des deux camps, l’arbitre a transmis un résumé des positions à une plateforme. Celle-ci a soumis le litige à trois jurés anonymes. Leur décision a ensuite été renvoyée à l’arbitre, qui y a ajouté les fondements juridiques nécessaires avant de prononcer la sentence.
La procédure complète n’a duré que 24 jours. Après quoi, la partie concernée a sollicité son exécution — que le tribunal a validée.
Certes, cette plateforme ne constitue pas à elle seule un système arbitral, mais elle s’impose comme un outil efficace pour faciliter l’accès à la justice. Son intérêt est particulièrement manifeste dans les litiges internationaux, où les questions de juridiction ou de délais compliquent souvent les démarches.
Conclusion
La Legaltech couvre un champ immense, qui ne cesse de s’élargir. Les exemples évoqués ici ne sont que des illustrations parmi d’autres. Mais ils suffisent à démontrer une réalité incontournable : la pratique du droit — et, par conséquent, l’enseignement juridique — doit s’adapter à ces nouvelles dynamiques.
Les juristes de demain devront non seulement maîtriser les fondamentaux du droit, mais aussi comprendre les technologies qui façonnent la profession. Ils devront conjuguer rigueur académique et compétences numériques, afin d’exercer leur métier dans un environnement en profonde mutation.
C’est dans cette optique que UNIE Universidad, membre de Planeta Formación y Universidades, propose un Grado en Derecho intégrant une spécialisation en Legaltech. Ce programme prépare les étudiants à exercer le droit dans une approche multidisciplinaire, à la fois ancrée dans les savoirs classiques et tournée vers l’innovation.
Susskind, R. (2019). Online Courts and the Future of Justice. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/oso/9780198838364.001.0001